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Etiologies et prise en charge des maladies diarrhéiques

Caractérisation phénotypique et génotypique des souches de Escherichia coli agents de diarrhées au cours de l'infection à VIH/SIDA

Nos travaux portant sur la détermination des étiologies des diarrhées au cours de l'infection à VIH/SIDA ont montré que E. coli est au premier rang des étiologies bactériennes. Il nous a paru important d'étudier les différents pathotypes de E. coli car le fait que E. coli fasse partie de la flore commensale rend son diagnostic particulièrement difficile dans les conditions usuelles de coproculture.

En tant que bactérie dominante de la flore anaérobie facultative de l'intestin, E. coli joue un rôle important dans le maintien des conditions physiologiques de son environnement. Il existe cependant dans cette espèce de nombreuses souches pathogènes pour l'homme et l'animal qui sont responsables d'infections intestinales et extra-intestinales. Parmi les pathogènes entériques E. coli a été reconnu comme fortement associé aux diarrhées chroniques de l'adulte infecté par le VIH.
Deux conditions sont nécessaires à l'expression de la virulence des souches de E. coli entéropathogènes :
- la colonisation de la muqueuse intestinale
- la sécrétion de substances pouvant perturber le métabolisme ou entraîner la mort des entérocytes (toxines).
L'identification des différents pathotypes de E. coli a été entreprise en recherchant aussi bien l'expression phénotypique de la virulence (GM1-Elisa pour la recherche de la toxine thermolabile, test d'invasion (test de Sérény sur cobaye) pour les E. coli entéroinvasifs et d'adhésion aux cellules Hep-2 pour les E. coli entéroadhérents et les E. coli entéroaggrégatifs) que le support génétique de la virulence : gènes codant pour les facteurs d'adhésion : bfp, eae, EaggEC, afa ; gènes codant pour les facteurs d'invasion: ipaH ; gènes codant pour les entérotoxines thermostables et thermolabiles : sta, LT ; gènes codant pour les vérotoxines : SLT1 et SLT2.
L'objectif de notre étude était d'identifier les différents pathotypes de E. coli, de déterminer leur association avec les différents phénotypes d'adhésion et leur fréquence d'isolement en fonction de stade d'immunodépression (taux de lymphocytes TCD4). E. coli était considéré comme agent étiologique lorsqu'aucun autre agent entéropathogène connu n'a été isolé et lorsqu'il représentait plus de 90% des colonies isolées sur le milieu au pourpre de bromocrésol.
Cette étude a été réalisée en marge du programme de recherche sur les étiologies des diarrhées au cours de l'infection à VIH/SIDA, 594 patients ont donc été inclus: 279 patients diarrhéiques (158 D+VIH+, 121 D+VIH-), et 315 témoins (160 D-VIH+,155 D-VIH-). Au moins un gène de virulence a été trouvé chez 252 patients (42,4%), avec une fréquence plus grande chez les cas diarrhéiques (160/279, 57,3%) que chez les contrôles non diarrhéiques (92/315, 29,2%), (p=10-6). Une association de deux facteurs de virulence a été plus fréquemment mise en évidence chez les patients diarrhéiques infectés par le VIH que chez les autres patients (21/158 D+ VIH+ versus 4/121D+ VIH-, (p=10-2); et 21/158 D+ VIH+ versus 8/160 D- VIH+:, (p=2 10-2). Seule une souche de E. coli hébergeant trois facteurs de virulence (afa, eae, bfp) a été isolée chez un patient séropositif atteint de diarrhée chronique. Les gènes de virulence Eagg et ipaH étaient associés de manière significative à la diarrhée (p=10-6). La fréquence d'isolement des E. coli entéroinvasifs (gène ipah) était indépendant du statut sérologique vis-à-vis du VIH, et aucun portage asymptomatique n'a été observé pour ce pathotype ; dans notre étude nous l'avons mis en évidence chez 16 patients (5,7%).
Notre étude a montré une nette association entre l'infection à VIH et l'isolement de E. coli entéroaggrégatif : 34/318 chez les patients HIV+ versus 7/276 chez les patients HIV- avec une fréquence plus élevée en cas de diarrhée: 31/ 158, soit 19,6%. A la lumière de ces résultats, nous pouvons affirmer que E. coli entéroaggrégatif est une bactérie opportuniste.
Par contre, il n'y a pas de différence significative entre la fréquence d'isolement des E. coli entéroadhérents diffus (gène afa et/ou phénotype d'adhésion de type diffus) chez les cas et les témoins. Cependant, le gène afa accompagne souvent les autres gènes de virulence; il agirait comme un « co-facteur » pour les autres facteurs de virulence.

 

 
 
 
 
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